Campagne du ruban blanc

Lors de cette campagne mondiale du ruban blanc, nous avons envie de mettre l’accent sur les violences que vivent les femmes trans, lesbiennes, bisexuelles et/ou asexuelles et ainsi exposer une réalité parfois trop invisible. Nous commencerons d’abord par vous faire part d’un constat général des problématiques pour ensuite embrayer par différents thèmes sur lesquels nous allons nous attarder plus en profondeur.

En 2018, SOS-homophobie a recensé 365 actes haineux à l’encontre de lesbiennes. Trop souvent en danger lorsqu’elles sont identifiées comme telles dans l’espace public, beaucoup de femmes lesbiennes préfèrent laisser cet espace aux agresseurs. Elles se font parfois discrètes ou quittent les lieux dès la première remarque pour éviter les coups ou les agressions sexuelles.

Les femmes concernées par les 130 cas de biphobie recensés en 2018 méritent aussi qu’on parle d’elles. Il n’est plus possible de taire le rejet dont elles souffrent ainsi que les insultes prononcées à leur encontre, notamment sur internet et au sein de leur famille.

Enfin, les 210 victimes de transphobie recensées en 2018, dont de nombreuses femmes, ont besoin que leur réalité soit évoquée au sein des forums associatifs et ailleurs. Régulièrement jugées, jaugées et rejetées, physiquement ou sexuellement agressées, ces femmes sont aussi en proie à l’ignorance de certaines administrations qui peinent à évoluer avec le droit français.

En ce qui concerne la violence conjugale dans les couples lesbiens, gays et bisexuels, la réalité est également sous-estimée. Selon une étude canadienne, 15 % des gays et lesbiennes et 28 % des bisexuels ont déclaré avoir été victimes de violence conjugale par rapport à 7 % des hétérosexuels.

Le sujet de la violence conjugale dans les couples lesbiens remet en cause des mythes tels que :

  • Le couple lesbien est nécessairement plus égalitaire et situé à l’abri des rapports de pouvoir qui existeraient dans les couples hétérosexuels.
  • Les femmes sont rarement violentes. Si les femmes sont violentes, elles ne le sont pas autant que les hommes.
  • Deux femmes ou deux hommes dans une relation sont nécessairement des partenaires égaux. La force physique et la taille déterminent toujours qui est le plus susceptible d’être violent dans une relation.
  • Le genre et les rôles genrés déterminent qui a le potentiel d’être violent dans une relation. C’est plus facile pour les victimes lesbiennes de quitter une relation violente que pour les victimes hétérosexuelles et cisgenres.

Le harcèlement sexuel est une violence encore trop souvent banalisée. Nous nous heurtons souvent à des mythes assez tenaces, dont celui qui laisse supposer que l’orientation sexuelle des femmes lesbiennes, bisexuelles et/ou asexuelles est due au fait qu’elles n’ont pas encore rencontré « l’homme, le bon ». Il nous faut donc attaquer le problème à sa source en déconstruisant tous ces mythes qui ne doivent pas servir d’excuse à ce type d’agresseurs qui se réfugient parfois derrière une prétendue bienveillance. Ces types d’agressions peuvent en effet mener à ce qui s’apparente à un viol punitif visant à remettre la victime sur “le droit chemin”.

L’assertivité (la communication sur les préférences et refus sexuels, la définition des besoins et des limites) et le respect du consentement sont donc des notions essentielles auxquelles nous sommes encore trop peu sensibilisé(e)s et éduqué(e)s.

Cette problématique en tant que personne asexuelle dans une société hypersexualisée est encore plus marquée, même au niveau conjugal.

En témoigne un extrait d’un article du Huffington Post « Je suis asexuelle et voilà comment je le vis » :

« Je pouvais être avec lui, mais à condition de prendre sur moi et de supporter l’épreuve. Une fois, il m’a prise dans ses bras pendant que je pleurais, tout en me pénétrant.

“Je ne veux pas”, ai-je protesté, en hoquetant.

“Je sais”, m’a-t-il répondu doucement, presque avec compassion. “Tu ne veux pas.” Il a caressé ma culotte avec son doigt, et mon corps a réagi. “Mais je pense que ça te ferait du bien.”

Chaque tentative de le satisfaire provoquait chez-moi un accès de tristesse. J’en suis même venue à associer le fait de jouir à la coercition, à quelque chose de désagréable, à la culpabilité. Je suis partie faire mon deuxième cycle à Chicago et nous nous sommes séparés. »

La plupart de ces cas de harcèlement qui vont parfois jusqu’au stade de l’agression sexuelle ont également pour moteur une fétichisation des femmes trans, bisexuelles, lesbiennes et/ou asexuelles qui entraine de plus, un malaise chez ces femmes car perçues comme un fantasme sexuel et non plus comme une personne.

 

Au niveau virtuel, nous retrouvons également ce qui peut être perçu par pas mal de personnes déjà comme une agression : l’envoi spontané et non sollicité de photos de parties génitales (« dick pic » ou encore « cyberflashing »), exhibition qui se déroule derrière un écran et souvent de façon anonyme. Cette pratique est si courante qu’elle s’en retrouve souvent banalisée, à tort, car elle peut affecter le destinataire bien plus que nous l’imaginons.

Selon une étude de l’ONG des droits de l’enfant Plan International interrogeant 14.000 jeunes filles et jeunes femmes dans 22 pays sur tous les continents, quelque 35% d’entre elles ont déclaré avoir reçu des “photos ou des images sexuelles ou explicites”. La moitié d’entre elles considèrent avoir subi du harcèlement sexuel en ligne.

Toujours au niveau virtuel, nous retrouvons malheureusement encore trop régulièrement, bien que pénalisés, des sites dédiés au « revenge porn ».

(Diffusion dans un but de vengeance de contenus sexuellement explicites sans le consentement de la personne qui y apparaît.)

En Belgique, le 17 février 2020, une proposition de loi a été adoptée en plénière afin de pénaliser le « revenge porn ». L’auteur risque une peine d’emprisonnement de six mois à cinq ans et une peine d’amende de 200 à 15.000 euros.

En ce qui concerne la réalité des femmes trans, elles doivent d’abord faire face à l’opinion des personnes qui ne considèrent pas qu’elles soient effectivement des femmes et sont souvent la cible de propos transphobes, voire de harcèlement et dans le pire des cas des agressions physiques et/ou sexuelles.

Même si les mentalités évoluent de plus en plus, ce qui est tout de même encourageant, il est important de rappeler que le combat n’est pas terminé. En effet, les femmes transgenres sont toujours confrontées à des violences telles que des discriminations, notamment en ce qui concerne l’accès aux services de base, l’emploi, l’accès aux soins de santé et au logement, mais aussi en raison des violences qu’elles subissent parfois de la part des autorités et des citoyens ordinaires.

De nombreuses femmes trans ont déclaré ne pas se sentir en sécurité dans les lieux publics. Elles ont expliqué qu’elles étaient souvent harcelées par les forces de sécurité aux postes de contrôle, arrêtées et sujettes à des violences pouvant, dans certains cas, constituer des actes de torture en raison de leur apparence physique.

La proportion de ces actes est encore plus démesurée dans des pays comme le Liban. Bien que le fait d’être transgenre n’est pas un crime au regard du droit libanais, l’article 534 du code pénal, qui criminalise « tout rapport sexuel contraire à l’ordre naturel », a été régulièrement appliqué aux femmes transgenres. Des personnes transgenres sont également arrêtées pour « violation de la moralité publique » et « incitation à la débauche ». Les femmes transgenres détenues en vertu de ces lois ont été placées dans des cellules d’hommes et contraintes à faire des aveux.

Il est bon de rappeler que peu importe les violences que subissent et ont subi n’importe quel individu, nous ne sommes jamais capables de juger et jauger à la place de cet individu le mal-être qu’il ressent, nous avons tous notre propre cadre de référence et nous percevons différemment ces violences.

Ne tombons pas dans le piège de la banalisation qui peut mener à la culpabilisation des victimes qui pourraient ne plus se sentir en droit de ne fût-ce que ressentir leur propre douleur et les pousser à taire ces violences qui méritent d’être entendues.

La problématique du harcèlement sexuel est justement victime de cette banalisation qui a pour effet de faire perdurer ces agissements et d’accroître la souffrance des personnes qui n’osent pas, la plupart du temps, briser le silence. Les conséquences sont pourtant bien présentes et ancrées au plus profond des victimes. C’est pour ça que nous avons décidé de nous attarder plus amplement dessus pour la suite de cet article qui aura donc pour vocation de sensibiliser le public à cette problématique afin que nous puissions adopter le meilleur comportement aussi bien en tant que témoin que victime et surtout prendre conscience de la gravité de ces actes qui peuvent parfois faire partie du quotidien, majoritairement celui des femmes.

 

Le harcèlement se manifeste par des façons variées que nous tenterons d’identifier dans cet article. Nous pouvons scinder le harcèlement en deux parties, tout d’abord celui séparé par deux écrans qui laisse faussement penser que ces actes sont moins réels, à savoir le cyber harcèlement, et évidemment celui qui nous pouvons vivre de façon plus directe dans notre vie de tous les jours.

 

Au niveau du cyber harcèlement, nous retrouvons premièrement le cyber flashing, qui consiste à envoyer des contenus photos et/ou vidéos à caractères sexuels sans le consentement du destinataire.

Si aujourd’hui le cyberflashing n’est pas directement condamnable, il n’en est pas moins important de le punir et de ne pas laisser passer ce genre de comportements. Le fait d’envoyer à tout-va des photos explicites non consenties ne doit pas devenir une norme et c’est pour cela qu’il est important de légiférer le cyber-flashing. Les répercussions que peuvent avoir de telles images sont beaucoup plus importantes qu’on ne pourrait le croire.

Si la voie pénale peut paraître utopiste en sachant que le nombre de condamnations classées sans suite est élevé, il est envisageable de travailler directement sur l’éducation et la notion de consentement. C’est une solution qui permettrait d’avoir un impact immédiat et de fournir une réponse directe à l’agresseur.

“Si on envoie une photo de son sexe à une inconnue, c’est une agression”, estime le sociologue Alain Giami, directeur de recherche à l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (INSERM), “Le “cyber-flashing” est un mot nouveau qui désigne quelque chose d’ancien : l’exhibitionnisme. Or par définition, l’exhibitionnisme n’est pas basé sur le consentement. L’idée du cyber-flashing est d’envoyer des messages afin de créer une sensation de mal-être chez le receveur”. Il s’agit d’une rupture dans les règles de la communication.

Et le chercheur insiste : “Il y a la volonté de nuire. Ça apporte du plaisir à l’envoyeur. Les répercussions psychologiques doivent être considérées. Il arrive qu’un tel événement “vous bouffe la vie” : “vous ne dormez plus, vous ne travaillez plus, vous êtes malheureux…”.

Près de la moitié des hommes interrogés (43%) espéraient susciter, chez la femme qui recevait l’image non sollicitée d’un pénis, le choc émotionnel (17%), la peur (15%) ou le dégoût (11%)

Selon une étude de l’ONG des droits de l’enfant Plan International interrogeant 14.000 jeunes filles et jeunes femmes dans 22 pays sur tous les continents, quelque 35% d’entre elles ont déclaré avoir reçu des “photos ou des images sexuelles ou explicites”. La moitié d’entre elles ont dit avoir subi du harcèlement sexuel en ligne.

Soulignons que des pays comme l’Écosse ont pris des mesures contre ce type de harcèlement sexuel. Le Texas a également introduit une amende s’élevant à 500 dollars pour tout envoi d’images sexuelles non consenties et la Finlande s’apprête à suivre leurs traces.

Il est important de préciser qu’au-delà de la complexité du système juridique, la difficulté de tracer les agresseurs freine énormément les autorités qui peinent à mettre un nom au vu des plateformes utilisées pour leur anonymat.

Toujours au niveau du harcèlement virtuel, nous retrouvons le “Revenge Porn”.

Pour reprendre la définition de l’Institut pour l’égalité des femmes et des hommes, le Revenge Porn consiste à diffuser des images de nus ou à caractère sexuel sans l’autorisation de la personne qui apparaît sur ces images. Peu importe que la personne représentée ait donné l’autorisation de créer ces images ou qu’elle les ait créées elle-même ; dès lors que cette personne n’a pas donné l’autorisation de montrer ou de diffuser ces images, il est question de revenge porn.

Le terme « revenge porn » suggère que les images sont diffusées dans un but de vengeance, mais en réalité, les motifs des auteurs peuvent être divers :

  • Ils/Elles peuvent utiliser les images pour menacer la victime, ou pour la forcer à donner de l’argent, à fournir d’autres images, à effectuer des actes sexuels, ou encore pour la faire taire à propos d’un autre délit, …
  • Ils/Elles peuvent vendre les images à des tiers, par exemple des sites internet.
  • Ils/Elles peuvent montrer les images à leurs ami-e-s pour s’amuser.

Le législateur utilise donc le terme plus général de « la diffusion non consensuelle d’images et d’enregistrements à caractère sexuel »

En ce qui concerne le Revenge Porn en Belgique, une loi vient d’être adoptée à l’unanimité en avril 2020.

La proposition de loi concerne la sanction de la diffusion non consensuelle d’images à caractère sexuel, en plus du voyeurisme. Une circonstance aggravante est prévue quand il y a diffusion de telles images pour une intention méchante ou un intérêt économique. L’auteur risque une peine d’emprisonnement de six mois à cinq ans et une peine d’amende de 200 à 15.000 euros.

La proposition prévoit une procédure de retrait ou de masquage des images par un référé en extrême urgence devant le président du tribunal de première instance. Six heures seraient alors laissées à l’auteur des images, le diffuseur ou l’opérateur télécom pour retirer ou masquer le contenu.

Après avoir traité les types de harcèlement au niveau virtuel, attaquons-nous à une des formes de harcèlement le plus communément rencontré par les femmes : le harcèlement de rue.

En effet, il n’est pas rare aujourd’hui de voir une femme regarder perpétuellement derrière-elle si elle n’est pas suivie ou changer de trottoir si elle perçoit un homme emprunter le même chemin qu’elle depuis plusieurs minutes.

La grande majorité des femmes est confrontée régulièrement, si pas quotidiennement, au harcèlement de rue que cela soit à travers des regards déplacés, des sifflements, des commentaires voire, dans les pires des cas, des agressions physiques.

Selon une étude récente de l’Agence des droits fondamentaux de l’Union européenne, 60 % des femmes belges déclaraient avoir été victimes d’intimidation sexuelle depuis l’âge de quinze ans et 30 %, dans le courant des douze derniers mois.

En conséquence, des femmes et des jeunes filles préfèrent éviter certains endroits, changer leur façon de s’habiller ou tout simplement sont loin d’être aussi détendues que les hommes lorsqu’elles marchent en rue. Ce phénomène est diamétralement opposé aux normes et valeurs de notre société. Ce n’est pas la victime qui doit s’adapter ou se sentir coupable. Les femmes et les hommes doivent avoir la même liberté de choisir où ils ou elles se trouvent et se déplacent, comment ils ou elles s’habillent sans avoir peur de se faire injurier ou de recevoir des propositions inconvenantes.

Au niveau de la loi, on parle de sexisme punissable. Pour être considéré comme sexiste, le comportement en question doit présenter simultanément les 5 caractéristiques suivantes :

  1. Un geste ou un comportement
  2. Dans des circonstances publiques
  3. Manifestement pour objet d’exprimer un mépris, en raison de son/leur sexe
  4. Avec pour conséquence une atteinte grave à la dignité de ces personnes
  5. À l’égard d’une ou plusieurs personnes déterminées et identifiables.

Outre le sexisme pénal, le harcèlement, le voyeurisme et l’attentat à la pudeur sont également punissables par la loi :

  • Harcèlement (Code pénal Art. 442 bis) : Tout comportement qui perturbe gravement la tranquillité de la personne touchée comme de la suivre, l’encercler, lui envoyer des SMS ou des messages gênants sur Facebook, et cetera.
  • Voyeurisme (Code pénal Art.371) : Observer ou faire observer des personnes, mais également enregistrer des images ou des sons de ces personnes sans que celles-ci le sachent ou aient donné leur autorisation pour ce faire.

Si ce comportement vise une personne mineure d’âge, cela constituera une circonstance aggravante et les peines seront dès lors plus lourdes.

En cas de faits graves, par exemple en présence de violence ou de menaces, poussant la victime à se sentir menacée dans son intégrité sexuelle, on parle d’attentat à la pudeur.

Le harcèlement au travail est une forme de harcèlement où il est encore plus délicat dans certains cas de briser le silence en raison des conséquences au niveau de l’emploi. Les cas de chantages et abus de pouvoirs sont nombreux.

Voici quelques chiffres ressortant d’une étude française portant sur 306 femmes actives âgées de 18 à 64 ans :

  • Une femme sur cinq a déjà été victime de harcèlement sexuel dans le cadre de son travail ;
  • 57% des femmes interrogées ont déjà subi des blagues déplacées à connotation sexuelle ;
  • 16% déclarent avoir été victimes de chantage sexuel lors de leur embauche ou d’une demande de promotion ;
  • 14% ont déjà reçu des messages (sms, mails, etc.) à caractère sexuel.

Chez 40% des femmes victimes, le harcèlement sexuel au travail a donné lieu à de nombreuses conséquences négatives : 30% ont vu leur santé se dégrader, 28% ont subi un blocage dans leur carrière et 15%, un non-renouvellement de leur contrat.

Au niveau légal, Il est important de préciser que le harcèlement sexuel (et/ou moral) au travail est repris dans les textes de lois sous les termes « risques psychosociaux ».

Toute personne ayant subi du harcèlement sexuel sur son lieu de travail peut intenter une procédure devant le tribunal du travail afin d’obtenir des dommages et intérêts.

En réparation du préjudice matériel et moral causé par le harcèlement moral ou sexuel au travail, l’auteur des faits est redevable de dommages et intérêts correspondant, en fonction du choix de la victime :

  • Soit elle désire un dédommagement calculé en fonction du dommage réellement subi, à charge pour elle de prouver l’étendue de ce dommage ;
  • Soit elle accepte de recevoir un montant forfaitaire correspondant à trois mois de sa rémunération brute.

Le montant peut s’élever à six mois de rémunération brute dans l’hypothèse où :

    • Les conduites de l’auteur sont liées à un critère de discrimination ;
    • L’auteur se trouve dans une relation d’autorité par rapport à la victime ;
    • Les faits présentent un degré de gravité physique et/ou psychologique important.

Selon la psychiatre Muriel Salmona, auteure de différents ouvrages sur les violences sexuelles, présidente de l’association “Mémoire traumatique et victimologie” et membre de la commission “Enfance en France” de l’Unicef France, les violences sexuelles sont, avec la torture, celles qui provoquent le plus de troubles psycho-traumatiques.

Les victimes éprouvent une sensation de danger permanent, des crises de panique et des troubles anxieux conséquents. Ces symptômes, pouvant servir de preuve d’agression, sont souvent interprétés par la justice ou les professionnels de santé et sont considérés comme étant une manifestation d’une fragilité préexistante, d’autant plus les victimes sont en majorité des femmes et subissent malheureusement les frais du préjugé d’être “des êtres faibles”

Or des études ont montré que les hommes qui subissent ces mêmes violences développent aussi les mêmes troubles. “Donnez un coup de couteau à quelqu’un, tout le monde saigne” souligne la psychiatre.

Le harcèlement sexuel entraine également dans certains un mécanisme de dissociation chez les victimes, sorte de disjoncteur qui interrompt le circuit émotionnel dans des situations de stress extrême. La victime ne ressent plus ni émotion ni douleur, plus une personne est dissociée, plus cela signifie qu’elle est traumatisée. De l’extérieur, la personne donne l’impression d’être détachée du monde extérieur, il est donc aisé de passer à côté de sa souffrance.

Enfin, 50% des victimes de violences sexuelles vont aussi développer des conduites addictives. L’usage de drogue et d’alcool ou d’autres comportements addictifs vont leur permettre de se distancier par rapport à leur mémoire traumatique. Ce comportement pourtant directement lié à l’agression subie se retourne très souvent contre la victime.

Cette culpabilisation vis-à-vis de la société et des proches ajoute encore bien des tourments psychologiques à la victime qui se sent punie une deuxième fois, abandonnée et incomprise.

D’autres conséquences peuvent apparaître :  troubles du comportement alimentaire (boulimie, anorexie, hyperphagie), fatigue chronique, dysfonctionnements hormonaux, hypertension artérielle, …

Nous retrouvons également des conséquences au niveau économique, particulièrement dans les cas de harcèlement au travail :  chômage forcé, frais médicaux, les dépenses en frais juridiques, longs congés maladies, etc.

Que faire si nous sommes témoins d’une forme de harcèlement ?

Il est intéressant de comprendre « l’effet du témoin », aussi appelé effet de groupe, montre que les gens agissent comme des moutons au sein d’un troupeau, copiant les comportements des autres, consciemment ou inconsciemment.

Si dans un groupe, personne n’intervient, les chances sont grandes que nous n’agissions pas non plus. Nous pouvons aisément nous dire qu’intervenir n’est pas nécessaire vu que personne ne semble réagir, voire que réagir pourrait nous attirer des problèmes en nous impliquant dans une situation délicate, nous réfugiant parfois même devant l’incertitude face à la présence de harcèlement dans une situation, pour nous protéger et nous déresponsabiliser.

Cet effet de groupe étant particulièrement puissant, il est parfois judicieux de changer de groupe et surtout braver cet effet de groupe en osant agir en premier et donner le ton quant à la marche à suivre pour le groupe. Toute réaction d’aide peut s’avérer vitale.

Attention toutefois à ne pas se mettre en danger en intervenant, et à rester calme. Dans un premier temps, restez à distance en tenant la situation à l’œil au cas où elle s’envenimerait. Rester à distance sûre peut suffire à rassurer une personne qui se fait (peut-être) agresser, avant de peut-être établir un contact visuel ou demander à la personne qui s’est fait agresser si tout va bien. En cas de doute, intervenir avec des amis, leur demander de l’aide ou informer la police sont aussi de bonnes solutions.

Détourner l’attention peut être une possibilité d’action dans certains cas, nous pouvons par exemple nous diriger vers la victime en faisant semblant de la connaître et lui dire : “Hé, ça fait longtemps que je te cherche, tu viens au ciné ou pas ?” (Sous-entendu : viens, on s’en va ?) ou en demandant simplement l’heure ou le chemin de la banque la plus proche à la personne harcelante, pour la désarçonner et laisser éventuellement le temps que la victime puisse prendre la fuite.

A votre disposition, voici des liens utiles pouvant vous aider à prévenir et gérer ces situations de harcèlement :

  • Un mode d’emploi des actions concrètes à appliquer en cas de cyber harcèlement https://igvm-iefh.belgium.be/sites/default/files/downloads/manuel_0.pdf
  • Le site maintenantjenparle.be propose un chat confidentiel avec des intervenantes spécialisées, 3 fois par semaine en soirée.
  • le plan SACHA, la super initiative d’Esperanzah! pour s’attaquer au harcèlement sexuel durant événements et festivals. ( https://www.plansacha.be/ )

Toujours pour lutter et prévenir ces comportements, deux choses sont essentielles : le consentement et l’assertivité.

Nous pouvons parfois encore trop sous-estimer l’importance que peut avoir le fait d’éduquer nos enfants au consentement, cela permet notamment de faire tarir à sa source bon nombre des violences sexuelles et poser les bases pour des relations harmonieuses en grandissant, aussi bien avec soi-même qu’avec les autres.

Donner son consentement de façon générale, c’est donner une autorisation, un accord. C’est un mécanisme par lequel on autorise une autre personne à intervenir par rapport à son intégrité (notamment physique ou sexuelle), à sa vie privée, à ses liens familiaux, à son droit à l’image ou à sa confidentialité. Le consentement est un moyen de dire « oui » ou « non » (en l’absence de consentement), d’être respecté(e).

Savoir s’affirmer, se connaitre suffisamment pour savoir où sont nos limites pour savoir quand dire non est un cheminement essentiel qu’il est préférable d’entamer le plus tôt possible. Nous abordons ici la notion d’assertivité sexuelle essentielle dans la question du consentement et sur laquelle nous reviendrons un peu plus bas dans une partie lui étant consacrée.

Un consentement se doit d’être mutuel, ponctuel (il n’engage pas forcément la personne dans la durée, la personne doit pouvoir avoir le droit d’annuler son consentement à tout moment), exempt de toute influence que ce soit et est valable seulement si la personne est sobre et pas sous l’influence de produits qui pourraient altérer son jugement et si la personne est consciente. Ce sont là, les fondements du consentement.

Pourquoi est-ce important de parler de consentement dès le plus jeune âge ?

Selon la spécialiste Maïté Tranzer, psychologue clinicienne, la notion de consentement devrait être abordée dès l’âge de trois ou quatre ans car c’est à ce moment que la majeure partie des enfants commencent à avoir une compréhension du corps (surtout du leur) et un début de curiosité sexuelle.

Elle rassure en précisant qu’aborder ces sujets, même jeune, n’influe en rien sur l’attrait pour ces questions ou sur l’envie d’expérimenter. De plus, cela permettra de créer une relation de confiance afin d’aborder ces sujets plus librement lors de l’adolescence.

Sans oublier que l’éducation au consentement peut donner la possibilité aux enfants de réagir de la bonne façon face à des situations beaucoup plus dramatiques, comme des actes pédocriminels ou des attouchements et agressions sexuelles entre enfants, qui peuvent se passer dès la maternelle.

Il est important d’ouvrir le dialogue sur le consentement aussi bien avec les filles que les garçons. Cela tombe sous le sens pour beaucoup mais nous pouvons avoir tendance à vouloir naturellement protéger nos filles d’une éventuelle agression sexuelle à cause de la majorité des violences allant dans ce sens. Nous pouvons donc parfois oublier que les garçons peuvent eux aussi être victimes. Et aussi, même si c’est insupportable à imaginer, aussi bien filles que garçons peuvent être de potentiels agresseurs-euses plus tard.

Cependant, parler de consentement à son enfant n’est certes pas une chose aisée, trouver un vocabulaire justement dosé et adapté à la préservation d’une certaine innocence peut être quelque chose d’anxiogène pour certains parents.

Il est pourtant nécessaire de savoir clairement désigner certaines choses. Emilie Parent déconseille par exemple de parler de « câlins » quand il s’agit de répondre à son enfant au sujet de ce qu’est « faire l’amour ». Les adultes faisant aussi des câlins aux enfants, cela peut donc créer une confusion.

L’éducatrice recommande également d’utiliser les termes exacts pour parler des organes génitaux : pénis, vulve, testicules, vagin, etc. Et pas uniquement des surnoms tels que « zizi » ou « zézette », afin qu’ils puissent apprendre à en parler sans gêne.

Même s’il n’y a pas particulièrement de bon moment pour aborder le sujet, il y a quelques moments qui s’avèrent propices. On peut profiter d’occasions comme le bain par exemple, pour parler du corps de l’enfant, en nommant à voix haute les différentes parties. Et en l’informant, voire en lui demandant l’autorisation (selon son âge) avant de faire quelque chose. “Est-ce que je peux te laver le pénis maintenant ?” par exemple, et repréciser qu’il a le choix d’accepter ou refuser est une manière de conscientiser l’enfant à son propre corps et permet déjà qu’il puisse avoir l’automatisme de se demander s’il est d’accord avec ce qui se passe dans le moment présent.

D’une manière générale, on peut tout à fait transposer la question du consentement à des situations de la vie quotidienne. Quand il ou elle ne veut pas faire de câlin, ou a envie de jouer avec un autre enfant qui refuse, etc.

Sujet souvent délicat : le bisou. Même s’il est signe de politesse, cela peut parfois être difficile pour l’enfant de se confronter à une telle proximité, chose qu’il n’arrivera peut-être pas à formuler si ce n’est par le refus qui peut être considéré comme un manque de politesse. Il est alors intéressant qu’il puisse choisir sa méthode à lui de pouvoir dire bonjour, une façon qui le rendrait plus à l’aise. Forcer donc son enfant à donner un bisou peut être perçu comme une confusion pour lui lorsque nous tentons en parallèle de l’inciter à se respecter et communiquer son consentement.

Le plus important au fond, c’est de communiquer et également la manière dont on va communiquer. Nous faisons bien évidemment de notre mieux avec notre niveau de stress, l’humeur du jour et les aléas du quotidien qui viennent parfois parasiter notre discours qui ne sort parfois pas comme on aurait voulu.

Il est donc judicieux d’anticiper certaines situations afin de ne pas être déstabilisé(e) sur le moment et de déjà réfléchir à comment nous voudrions que cela se passe. Je pense notamment à la situation où votre enfant viendrait à se toucher le sexe en public, situation dans laquelle il est facile de paniquer. Vous pourriez alors lui expliquer posément et de manière bienveillante que cela se fait dans l’intimité et pourquoi ce n’est pas approprié en public, lui signifier que son intimité lui appartient et lui rappeler qu’il peut la partager aussi, mais seulement si tout le monde est d’accord.

Il va de soi que nous ne réagissons pas toujours de la manière dont on voudrait mais il est important de se souvenir que nous pouvons toujours revenir sur le sujet dans un contexte plus favorable, à la maison par exemple.

Bien sûr, il y a des sujets en tant que parent avec lesquels on va être plus ou moins à l’aise (notamment, parce qu’on peut avoir ses propres blocages avec la sexualité). Il faut être conscient de ses propres limites et ne pas hésiter à s’appuyer sur d’autres personnes ou ressources (livres, vidéos, BD, ateliers, etc).

Pour vous aider, voici justement quelques outils pratiques qui permettront peut-être de lancer le sujet ou donner un complément après vos discussions ou simplement une autre façon d’illustrer vos propos :

✔ La vidéo « Consent for kids » vient d’être traduite en français. Elle fonctionne bien jusqu’à l’âge de 10 ans environ.  >> https://tinyurl.com/y2aft2cz

✔ La vidéo « Tea consent » également traduite a le même intérêt : grâce au fonctionnement métaphorique, il est possible de parler du consentement en général, et de développer chaque point en prenant des exemples de gestes ou de comportements plus ou moins « sexuels » en fonction de l’âge (un bisou, un contact physique, un geste sexuel, une relation sexuelle, …). >> https://tinyurl.com/yxv98gae

✔ Une bande dessinée très proche de la première vidéo, pour les jeunes enfants (facile à afficher chez soi) :

Comme annoncé un peu plus haut, nous allons maintenant nous consacrer à l’assertivité sexuelle, pour résumer, nous pouvons dire que c’est en quelque sorte apprendre à dire non pour vivre pleinement le oui.

Pour cela nous devons passer par un cheminement personnel par lequel il nous faut nous découvrir, identifier nos tabous, nos limites, nos craintes. Choisir de les dépasser ou non et ce, bien évidemment, à notre rythme.

L’exploration de soi et de sa sexualité peuvent, en raison de leur caractère encore un peu tabou, se révéler être source d’anxiété chez certaines personnes.

Il nous faut premièrement nous émanciper de toutes les normes véhiculées par le porno, les médias, et la société en général, aussi bien par rapport à notre corps que sur les pratiques sexuelles et également au niveau des performances sexuelles. Trop se référer à ces normes quasi imposées même de façons parfois inconscientes peuvent être une entrave à notre liberté et notre épanouissement.

En ce qui concerne notre corps, notre principal outil d’exploration, des complexes peuvent apparaitre très vite lorsque nous venons à le comparer aux dictats. Se réconcilier avec son corps et développer son estime de soi sont donc deux entreprises qui peuvent s’avérer salutaires et intéressantes à prioriser dans certains cas.

Pour ce qui est de la question des pratiques sexuelles, elle peut en effet être délicate car il nous faut évidemment passer parfois par l’expérimentation de certaines pratiques avant de nous prononcer. Il faut cependant veiller à expérimenter seulement si nous le désirons vraiment à titre personnel et non pas sous la pression d’un partenaire ou de la part d’une influence extérieure telle que la pression sociale par exemple. Trop de personnes témoignent encore de « viols consentis » où elles auraient juste préféré s’abstenir de dire oui ou savoir comment dire non de façon affirmée.

Parfois nous pouvons avoir tendance à émettre un jugement envers nous même lorsque nous constatons que nous aimons une pratique particulière ou à l’inverse, que nous n’aimons pas une pratique qui peut être perçue comme étant une norme au niveau sexuel. En avoir conscience est donc une première étape, pouvoir ensuite faire respecter nos envies/besoins est une autre étape à franchir et est propre à chaque partenaire et/ou situation.

Lorsque nous passons à l’acte avec notre/nos partenaire(s). La peur d’être jugé(e), rejeté(e) peut vite se manifester, particulièrement lorsque nous entretenons une relation affective.

L’idéal est de prendre en charge vos pensées et d’identifier vos croyances qui pourraient empêcher de verbaliser correctement vos envies ou vos limites sur le moment.

Il peut, par exemple, nous arriver de penser « Il/elle pensera que je tue la spontanéité si je demande qu’on mette un préservatif », une fois que vous avez pris conscience de cette pensée, tentez de vous rassurer en changeant votre dialogue intérieur en vous disant, par exemple, « Mes besoins sont tout aussi valides que les siens, s’il n’accepte pas, je trouverai quelqu’un qui me respectera vraiment. » Soyez bienveillant avec vous-même autant que possible et tentez de ne pas vous culpabiliser.

Le dialogue, qu’il soit intérieur ou interpersonnel est essentiel lorsque nous parlons de consentement et d’assertivité, nous avons tous notre cadre de référence et nous ne pouvons jamais totalement nous fier à nos impressions pour déterminer la perception de l’autre quant à la question de la sexualité.

En effet, certaines personnes voient le sexe comme quelque chose d’amusant, sans conséquence tandis que pour d’autres il peut avoir une valeur sacrée, se révéler être un véritable don de soi, ces différences d’importance sont souvent à l’origine des incompréhensions entre partenaires sexuels.

Savoir dire non lorsque votre partenaire se montre insistant est parfois un exercice assez complexe. Une des choses à faire serait d’expliquer les raisons de votre refus, parler de ce que cela provoquerait en vous de répondre à sa demande.

Nous pouvons également répondre à son insistance en reformulant et en lui demandant s’il a vraiment envie que vous vous sentiez dans cet état en cédant à sa demande ? Si malheureusement sa réponse est toujours oui, demandez-vous si cette personne vous veut réellement du bien et redoublez de fermeté et n’hésitez pas à prendre de la distance.

Il existe des exemples récurrents qui peuvent néanmoins déstabiliser, en voici quelques-unes ainsi que des exemples de parades :

  • « Si tu m’aimais vraiment, tu le ferais », un exemple de réponse serait : « Si tu m’aimais vraiment, tu n’insisterais pas. » Souvenez-vous toujours que vous avez autant d’importance que votre partenaire et que l’amour ne justifie pas tous les sacrifices.
  • « Tous les autres le font », vous pourriez répondre « Avant de te connaitre, je faisais partie de ces autres, et pourtant je ne le fais pas. » ou si vous vous sentez d’humeur pour dévier sur un jeu de rôle ou pour couper ses ardeurs avec humour et ainsi dédramatiser la situation, n’hésitez pas à imiter la voix de sa mère et lui sortir le classique « Et si tes petits camarades sautaient d’un pont, tu ferais pareil ? »
  • « Oh allez, c’est pour s’amuser, ce n’est rien de grave » Comme dit précédemment, il convient de partager votre vision de l’acte, lui partager que pour vous, cela signifie beaucoup plus et que vous préférez attendre (voire vous abstenir, suivant la relation que vous entretenez avec la personne qui vous tient ce discours).

Il arrive également que le sexe ne fasse pas du tout partie des envies de la personne et peut se considérer comme asexuelle, la difficulté de l’assertivité est majorée étant donné l’hypersexualisation de notre société. Encore une fois, la communication est la meilleure solution, expliquez que votre affection ne s’exprime pas forcément par l’acte sexuel afin d’éventuellement rassurer votre partenaire sur votre relation.

Le consentement et l’assertivité (de façon plus globale, le respect de soi et d’autrui) vont donc de pair et sont les pierres angulaires d’une relation harmonieuse.

Pour la suite de cet article, nous avons choisi de nous attarder sur deux problématiques pour lesquelles il y a encore, selon nous, trop peu de sensibilisation : les violences gynécologiques et la transphobie.

Les violences gynécologiques et obstétricales ne sont pourtant pas nouvelles sur le tableau déjà bien rempli des violences subies par les femmes. Ce qui les distinguent potentiellement des autres, c’est qu’elles sont pendant très longtemps restées taboues. Le corps médical représentant une profession déontologiquement sécurisante et rassurante, rares étaient les femmes qui osaient raconter à travers des témoignages les souffrances qu’elles avaient vécues durant leur suivi gynécologique, leur(s) grossesse(s) ou encore leur(s) accouchement(s).  Mais aujourd’hui, les femmes sortent de leur silence et osent avec beaucoup de courage, livrer leurs expériences et dénoncer les médecins, gynécologues, infirmiers, sages-femmes et autres professionnels de la santé qui ont un jour porté d’une manière ou d’une autre atteinte à leur intimité en brisant leur consentement. Les dimensions de ces violences peuvent être physiques, mentales ou légales et laisser de façon permanente des séquelles. 

Les conséquences sont multiples et variées. Premièrement, ces femmes auront des séquelles physiques qui prendront du temps à être traitée si elles le sont un jour. En plus d’être ignorées par le corps médical, elles devront s’armer de patience et toquer à la porte de plusieurs spécialistes pour être prises en charge et comprises ; du moins si elles en ont la force. Deuxièmement, d’un point de vue psychique, on peut constater que les violences gynécologiques et obstétricales peuvent entraîner un grand nombre de troubles en particulier lors de l’accouchement : retrait du nouveau-né, position gynécologique, immobilité imposée, répétition de touchers vaginaux, attachement en croix des bras, … Certaines femmes en arrivent même à développer un syndrome post-traumatique tant certains actes sont violents. Il n’est également pas rare que plusieurs d’entre elles abandonnent carrément tout suivi gynécologique et obstétrical ce qui constitue un risque non-négligeable pour leur propre santé.

À l’heure actuelle, le fait de trouver une personne compétente et safe représente une véritable épreuve et certaines femmes vous diront qu’elles ne veulent plus consulter afin d’éviter une épisiotomie non justifiée, des attouchements, des remarques déplacées voire sexistes ou pire encore ; endurer les souffrances d’un point du mari illégal.

Au travers de l’hashtag #PayeTonUtérus en 2014, des milliers de témoignages avaient été récoltés racontant des gestes irrespectueux, des commentaires déplacés ou encore des actes condescendants et paternalistes de la part de professionnels qui, à la suite de cette vague de dénonciations, avaient annoncé repenser leurs pratiques. Pourtant, à l’heure actuelle, de nombreuses femmes prennent encore la parole pour raconter leur histoire en espérant que leurs expériences serviront à éviter d’autres victimes. En 2020, il est encore scandalisant de continuer à voir des pratiques et des discours aussi archaïques.

Heureusement, de nombreux organismes militent, renseignent et permettent de faire connaître ces violences. Ils n’hésitent pas non plus à offrir des ressources comme des contacts dans le milieu médical bienveillants et sécurisés aux femmes ou toute autre personne qui aurait besoin d’un suivi ou d’une consultation tel que Go To Gynéco, IRASF (Institut de Recherche & Actions pour la Santé des Femmes), des centres de planning familiaux …

En plus de l’aspect éthique qui est complètement remis en question à travers des comportements et des pratiques non-professionnels, il est plus que nécessaire de sortir ces violences de l’ombre pour permettre d’accompagner ces femmes dans leurs traumatismes et les aider à continuer à avoir un suivi médical auprès de personnes compétentes pour que leur vie ne soit pas mise en jeu. Cet article n’a pas pour but de condamner des professions ô combien importantes mais bien de mettre en garde sur le choix du professionnel et sur les possibilités que certaines plateformes offrent pour obtenir des contacts sécurisés.

Vidéo témoignages : https://www.youtube.com/watch?v=akWaafmqNmk

Pour terminer notre article, parlons maintenant de la transphobie. L’association européenne pour les droits des personnes LGBTQI+, ILGA, analyse chaque année la situation des personnes de cette communauté dans 49 pays européens.

En fonction des lois et des politiques d’application dans chaque pays, ILGA établit un classement des pays les plus avancés en matière d’égalité et de respect des genres. À égalité avec la Norvège, la France, le Danemark et l’Irlande, la Belgique arrive en deuxième position des pays les plus tolérants. Juste derrière Malte.

Et pour cause, bien que largement perfectibles, les droits belges pour les personnes transgenres ont évolué ces dernières années. Depuis le 1er janvier 2018, les personnes transgenres peuvent faire modifier officiellement l’enregistrement de leur sexe et leur prénom sur les actes d’état civil et dans le registre de la population, sans conditions médicales.

Du côté associatif, plusieurs organisations comme la RainbowHouse ou Genres Pluriels multiplient les formations et les actions pour plus d’égalité.

En mars dernier, Bruxelles Prévention et Sécurité et le Service public régional de Bruxelles s’associaient à la RainbowHouse Brussels pour “mener un projet inédit de collecte de données relatives aux violences et discriminations fondées sur l’orientation sexuelle et l’identité de genre”. Projet qui a donné le jour à une fiche de signalement que les victimes de LGBTQI+phobie peuvent remplir anonymement tout en étant redirigées vers la police et les instances officielles si elles en ressentent le besoin.

Aussi, des formations sont données aux services de police ainsi qu’aux communes qui le souhaitent. Le tout pour apprendre à aiguiller, mettre en confiance, inciter les personnes victimes de discriminations à sortir du silence et à porter plainte.

Cependant, il est inquiétant de remarquer qu’en 2018 le pays a également battu le record de plaintes pour homophobie/transphobie.

La Belgique a encore du chemin à faire, Daphné Coquelle, co-fondatrice de l’association Transkids Belgique s’exprime sur le sujet “Il n’y a pas énormément d’études qui sont menées en Belgique, donc peu de chiffres sont recensés. Et de toute façon, de manière générale, les chiffres qui concernent les personnes transgenres sont toujours largement en dessous de la réalité”, détaille la co-fondatrice.

S’ajoute aussi le fait que les personnes transgenres n’osent pas forcément porter plainte, car même au sein des institutions censées protéger leurs droits, la discrimination fait rage.

Comment se manifeste alors la transphobie ?

Que ce soit dans les transports ou dans la rue, il ne fait pas bon assumer sa transidentité ni même son androgynie.

Regards insistants, commentaires désobligeants lancés d’une voix bien audible, insultes homophobes et transphobes mélangées, agressions verbales et physiques… A la violence des propos ou des actes se rajoute souvent l’absence de réactions des témoins éventuel-le-s.

Les victimes se font agresser le plus souvent seules, sur la base de leur simple apparence physique, parce qu’ils-elles ne correspondent pas aux codes établis du masculin et du féminin

Plusieurs agressions physiques sont à signaler dans les lieux publics : coups de poing, coups de pied, souvent précédés d’insultes. Dans certains cas, ces agressions occasionnent des séquelles aussi bien physiques que psychologiques.

Il se manifeste également dans la vie quotidienne une forme de transphobie ordinaire.  Les moindres démarches administratives apparaissent comme un véritable parcours du combattant.

Lorsqu’au guichet d’une administration certain-e-s employé-e-s ont sous les yeux des papiers avec mention du sexe de naissance de la personne, ils ne se privent pas de moquer, voire d’humilier leurs client-e-s trans.  Une banque demande une attestation du chirurgien ayant opéré la personne, une autre envoie les relevés de compte avec l’ancien prénom et « Monsieur » au lieu de « Madame », tel fournisseur d’accès à Internet complique la modification du genre des client-e-s, telle mutuelle refuse de prendre en compte un changement d’état civil pourtant acté. Le refus du droit à l’autodéfinition est un des problèmes les plus courants.

Ces situations engendrent bien souvent également une forme de précarité : en l’attente d’opérations bancaires ou de remboursements, comment s’en sortir ?

Ces marques de transphobie, qui s’apparentent à une forme de déni, soulignent combien la simplification administrative est cruciale pour les personnes trans.

Le changement d’état civil, au cœur des revendications, doit être facilité de toute urgence afin de permettre à chacun-e de vivre comme tout le monde.

Enfin, une des formes de transphobie où la haine transparait le plus en raison de l’anonymat : celle présente sur internet. Elle se manifeste par différents canaux : réseaux sociaux, commentaires, sites internet parfois consacrés à déverser sa haine envers les personnes trans. La brièveté des messages sur Facebook et Twitter rend les propos transphobes d’une rare virulence et d’une grande vulgarité.

Autre problématique que rencontrent souvent les personnes trans et qui entraine également une souffrance : la fétichisation de leur corps, avec laquelle s’accompagne une curiosité malsaine quant à leurs organes génitaux. Il n’est en effet par rare d’entendre des questions comme « As-tu fais l’opération ? » ou d’autres encore plus intrusives.

Certaines personnes éprouvent le fantasme de « tester une personne trans » ce qui est souvent perçu comme quelque chose de très réducteur, la personne n’est non seulement plus considérée dans sa globalité mais est également renvoyée à sa transidentité plutôt que de n’être que simplement homme ou femme, ou encore non binaire

Il est donc essentiel d’apprendre à devenir plus inclusifs afin de lutter contre la transphobie.

L’idéal serait de pouvoir éviter de présumer le genre de la personne que nous rencontrons et donc éviter les civilités (« madame », « monsieur ») aussi bien à l’oral qu’à l’écrit et prendre l’habitude de demander comment la personne préfère être genrée (sans demander des justifications ou remettre en question), ou d’être attentif.ve à comment la personne va se genrer durant la conversation.

 

Mégenrer une personne peut arriver, l’essentiel est de pouvoir se corriger une fois la clarification effectuée. Mégenrer une personne consciemment alors que nous avons pris conscience de comment la personne s’est autodéfinie constitue également une forme de transphobie.

Il est également pertinent de pouvoir prendre l’habitude de l’écriture inclusive. (Manuel disponible en format PDF grâce au lien en bas d’article)

Au niveau de votre éventuelle gestion d’un lieu de travail, réfléchir en amont afin de prévoir une inclusivité optimale.

Par exemple, éviter les séparations de groupe par genre lorsque ce n’est pas pertinent, éviter la mention du genre sur les formulaires quand cela est possible (du moins éviter la binarité dans les choix, proposer un espace libre afin de pouvoir écrire soi-même le genre auquel la personne s’identifie), rendre possible l’utilisation d’un prénom d’usage dans la base de données éventuelle et communiquer cette possibilité à tout le monde, pouvoir rendre privé le genre administratif s’il doit être enregistré, cadrer le personnel en mentionnant la transphobie au même titre que l’homophobie ou le racisme dans les comportements sanctionnables dans le règlement, limiter les obligations vestimentaires ou les rendre non-genrées, …

Ces mesures sont des habitudes à prendre qui peuvent faciliter le quotidien de beaucoup et de les faire se sentir respectés et considérés. Ce n’est en aucun cas une question de privilège mais plutôt d’une adaptation pour favoriser l’égalité et l’inclusivité. Osons banaliser le respect d’autrui et non pas la transphobie.

Quelques infos utiles :

✔ Lien pour les infos permettant de remplir la fiche de signalement de violences et discriminations : http://rainbowhouse.be/fr/projet/signalement-2/

✔ Nous organisons également tous les seconds lundis du mois, des groupes de parole destinés aux proches de personnes trans (minimum 3 inscrits). Infos et inscriptions : contact@ensembleautrement.be

✔ S’informer sur la terminologie et étendre sa culture sur certains points comme l’identité et l’expression de genre grâce à la brochure de Genres Pluriels : https://www.genrespluriels.be/IMG/pdf/terminologies_-_brochure_genres_pluriels.pdf

✔ “Guide d’accompagnement pour l’inclusion des personnes trans dans l’enseignement supérieur en fédération Wallonie-Bruxelles » : http://www.egalite.cfwb.be/index.php?eID=tx_nawsecuredl&u=0&g=0&hash=e4d62ae77cfbabf0dbd4af9d2e4605fe9b398ad1&file=fileadmin/sites/sdec_III/upload/sdec_III_super_editor/sdec_III_editor/documents/Discriminations/Trans_GUIDE.pdf

✔ Manuel d’écriture inclusive : https://www.univ-tlse3.fr/medias/fichier/manuel-decriture_1482308453426-pdf

Cet article, bien que déjà long, ne couvre pas l’étendue des souffrances perçue par les femmes, nous espérons néanmoins qu’il pourra peut-être donner l’envie à certains de se lancer ou poursuivre le combat pour ces injustices et d’être acteur de la prévention de ces violences à sa propre échelle.

Sources :

🌍 https://www.violencefeminine.com/quand-les-femmes-battent-leur-femme-ou-leur-mari/
🌍 https://voisinsamisetfamilles.ca/la-violence-conjugale-dans-la-communaute-lgbtq2s/
🌍 https://www.huffingtonpost.fr/erika-price/je-suis-asexuelle-et-voila-comment-je-le-vis_a_22008852/
🌍 https://www.rtbf.be/info/medias/detail_la-finlande-va-penaliser-l-envoi-non-sollicite-de-dick-pics?id=10607627
🌍 https://www.rtbf.be/info/belgique/detail_la-loi-sur-le-revenge-porn-adoptee-en-pleniere-a-la-chambre?id=10483861
🌍 https://www.7millionsdemousquetaires.ca/post/quand-la-violence-conjugale-frappe-les-couples-de-meme-sexe
🌍 http://www.slate.fr/story/65941/violence-conjugale-couples-homosexuels
🌍 https://www.hrw.org/fr/news/2019/09/03/liban-mettre-fin-la-violence-systemique-contre-les-femmes-transgenres
🌍 https://www.rue89strasbourg.com/tribune-violences-femmes-lesbiennes-bi-trans-164058
🌍 https://information.tv5monde.com/terriennes/quand-un-metoo-des-femmes-transgenre-329462
🌍 https://www.rtbf.be/info/dossier/les-grenades/detail_dickpic-ou-cyberflashing-ce-que-disent-la-loi-les-chiffres-et-la-science?id=10568365
🌍 https://www.femmeactuelle.fr/sante/psycho/cyber-flashing-quelle-est-cette-forme-de-harcelement-sexuel-en-ligne-2097651
🌍 https://igvm-iefh.belgium.be/fr/activites/violence/revenge_porn
🌍 https://www.violencessexuelles.be/harcelement-de-rue
🌍 https://www.rtbf.be/info/belgique/detail_la-loi-sur-le-revenge-porn-adoptee-en-pleniere-a-la-chambre?id=10483861
🌍 http://www.garance.be/spip.php?article867
🌍 http://www.stopharcelementderue.org/
🌍 https://www.planningsfps.be/nos-dossiers-thematiques/dossier-violences-sexuelles/harcelement-sexuel/#ftoc-heading-3
🌍 https://www.amazon.fr/Rebellez-vous-Marie-Laguerre/dp/2378801173/?tag=doctissimo-edito-21
🌍 https://www.nouvelobs.com/societe/20160921.OBS8525/les-victimes-de-violences-sexuelles-ont-une-sensation-de-danger-permanent.html
🌍 https://www.planinternational.be/fr/blog/4-conseils-comment-reagir-face-au-harcelement-sexuel
🌍 https://www.femmesprevoyantes.be/wp-content/uploads/2017/01/analyse2016-Harcelement-sexuel-au-travail.pdf
🌍 https://www.moustique.be/23524/transphobie-la-belgique-est-elle-un-bon-eleve
🌍 https://www.sos-homophobie.org/definitions/transphobie

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